D’où la coquetterie
m’était-elle venue ? Elle ne s’accordait guère avec mes allures de gamine
et je me souviens très peu de m’être préoccupée de ma toilette, sauf dans le
cas où quelque déchirure terrible me faisait prévoir une redoutable semonce.
Cependant, un certain matin
de Pâques, dans une tenue mirobolante et très infatuée de ma splendeur, je
sortis de la maison, pour aller à la grand’messe. J’étais seule, les tantes
n’avaient pas pu me tenir plus longtemps, et, comme elles n’étaient pas prêtes,
elles me laissaient aller en avant en me recommandant de ne pas marcher trop
vite.
J’avais un jupon garni de
broderie anglaise, une robe de soie bleu ciel à plusieurs volants, les cheveux
tournés en boucles, des bas à jours et des petits souliers couleur de hanneton.
Mais plus que tout cela, ce
qui me rendait si fière, c’est que, pour la première fois, j’avais une
ombrelle. Peut-être, quelque atavisme oriental me faisait deviner la majesté
symbolique du parasol, puisque ce petit dôme de soie, abritant ma tête, me
donnait tant d’orgueil. Il faisait un soleil radieux et je marchais sur la
route, en me dandinant, évitant l’ombre des verdures neuves, pour mieux jouir
de mon ombrelle.
Des personnes venaient
derrière moi, et très certainement m’admiraient. — Qu’auraient-elles pu faire
de mieux ?… — car elles chuchotaient entre elles.
(Judith Gauthier, Le Collier
des jours)

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