Chaos gardening : Laisser son jardin en friche est bon pour le moral !
Et si l’art de laisser son jardin sauvage permettait de lâcher prise ? Ne plus tondre régulièrement, arrêter de chasser les pissenlits, laisser ses haies dépasser… Le chaos gardening est bon pour l’environnement mais aussi pour le mental !Chaos gardening… Voilà l’expression anglo-saxonne qui agite les réseaux sociaux. Dans ce monde virtuel, les modes ne sont pas toujours bonnes à adopter. Mais celle-ci a tout bon : elle facilite la vie, écarte toute substance chimique et surtout favorise la biodiversité.
Car nul besoin d’avoir la main verte pour pratiquer ce jardinage chaotique : il s’agit surtout d’avoir les pieds sur terre, plus précisément du bon sens… et accepter qu’André Le Nôtre se retourne dans sa tombe ! Celui qui, à la demande de Louis XIV, a mis quarante ans à façonner les jardins de Versailles à coups de cisailles et de tracés au carré, et ainsi inventé le jardin à la française – versus celui à l’anglaise, subtilement désordonné – n’apprécierait sans doute pas ce retour des fleurs sauvages et des pelouses généreuses…
Mais ce courtisan qui signa aussi les parcs de Vaux-le-Vicomte et de Chantilly ne connaissait pas le réchauffement climatique, la disparition des abeilles, l’assèchement des nappes phréatiques, les canicules à répétition… Il ne présageait pas non plus de la disparition des haies au profit d’une agriculture intensive et avec elles, de nombreuses populations d’oiseaux et d’insectes. Sans remettre la planète sur les rails, laisser s’épanouir ce que l’on a longtemps qualifié de mauvaises herbes dans les jardins ne peut que lui faire du bien. Et savoir qu’en lâchant tout simplement son sécateur, on préserve un peu l’environnement, c’est bon pour le moral.
Laisser la nature reprendre ses droits
Il faut donc faire confiance à la nature ! C’est d’ailleurs ce que clame Eric Lenoir. L’auteur du "Petit traité du jardin punk" (Éditions Terre Vivante) en 2018 prône "un espace décomplexé qui s’émancipe des règles du jardinage traditionnel, ne cherche pas à dompter la nature à tout prix et la laisse, au contraire, reprendre un peu ses droits…"En digne héritier du paysagiste Gilles Clément, défenseur du "jardin en mouvement" et prônant de "faire le plus possible avec la nature et le moins possible contre", il s’éloigne des sentiers battus des pratiques traditionnelles pour imaginer le jardin de demain, celui qui mobilise peu de temps et accueille une flore et une faune variées à l’image de son jardin expérimental, Le Flérial, de 1,4 hectare, qui ne nécessite que cinq jours d’entretien par an. Rien que de savoir que l’on n’aura pas à pousser la tondeuse chaque week-end au printemps et passer des heures à arroser au soleil couchant, voilà qui est déjà séduisant – et cela avant même de songer à l’environnement !
On se laisse surprendre par des invités surprise
L’idée de se laisser surprendre est aussi très agréable. Dans les haies décoiffées, bien sûr, car on évite de les tailler plusieurs fois par an – on laisse cohabiter les habituels troènes, sureaux et ronces. Un compagnonnage qui, en général, se passe très bien.Autres invités surprises ? Marguerites, coucous, jonquilles… Si on les laisse s’épanouir spontanément, elles reviendront chaque année fleurir gracieusement le jardin. Et avec elles, papillons et pollinisateurs qui se mélangeront aux mésanges et autres pinsons de retour dans les feuillages généreux. Écouter les bourdonnements et les chants qui résonnent de nouveau, voilà une occupation bien plus plaisante que de supporter le bruit d’une tronçonneuse.
Droit d’asile pour les herbes folles
Que les urbains ne tournent surtout pas les talons arrivés à ce stade de leur lecture (déjà bien avancée). Les heureux propriétaires de courettes peuvent aussi en prendre de la graine. Plus question de bitumer son patio coincé entre deux immeubles. Vive les pavés qui permettent l’enherbement, laissant les tiges les plus hardies se faufiler entre les pierres et permettant à l’eau de pluie de s’infiltrer dans les sols. Au pied des murs, ces chanceux pourront aussi planter des grimpants qu’ils laisseront escalader une treille. Une option qui rime avec acceptation de l’imperfection. Car pas question de cisailler à tout va. Il faut laisser clématites, chèvrefeuilles, jasmins… grandir, s’élever, coloniser les parois.Certes, à la campagne comme en ville, le chaos gardening signifie renoncer à l’esthétique répandue de la coupe au carré et accepter un look plus échevelé. C’est un changement de cap, certes. Mais qui fait un bien fou ! C’est comme quitter son tailleur près du corps pour une robe ample. On se sent plus libre. Le chaos gardening nous fait ainsi comprendre que lever le pied, accepter de ne plus tout contrôler pour réenchanter l’environnement, se laisser surprendre tout en favorisant la biodiversité mérite vraiment de changer ses… plants.





