Le petit monde d'Alice

lundi 2 novembre 2026

Voici 8 exercices pour cultiver les émotions positives au quotidien
 

Pourquoi cultiver le bonheur et les émotions positives ? Christophe André, médecin psychiatre, défend l'idée qu'il ne s'agit pas d'un luxe, mais d'un besoin vital. Dans "La méthode du bonheur", un podcast inédit de RTL, il vous livre des conseils très concrets pour augmenter, au quotidien, le nombre de moments heureux. 

Le bonheur n'est pas seulement un état agréable. Il est aussi un ressenti vital. Sans lui, plus rien ne vaut la peine. C'est ce que montre, de façon radicale, la dépression. Parmi ses symptômes, le plus dangereux est l'anhédonie, c'est-à-dire l'incapacité à ressentir des émotions agréables, ni plaisir, ni joie, ni bonheur. Quand cette capacité disparaît, les efforts pour vivre perdent leur sens. C'est en ce sens que la formule de Paul Claudel prend toute sa force : "Le bonheur n'est pas le but, mais le moyen de la vie." Nous ne vivons pas seulement pour être heureux, mais parce que nous pouvons l'être... parfois, souvent, de temps en temps. Le bonheur n'est pas là pour mettre un peu de rose dans nos vies ou pour faire oublier les problèmes. Il donne l'énergie de les affronter. Il est le carburant de l'existence. On peut le définir comme un état de plénitude et de complétude dans lequel on n'a besoin de rien d'autre que de ce qui est déjà là, et dans lequel on ne ressent ni inquiétude ni attente. Dans cette famille du bonheur, on retrouve aussi le bien-être, forme tranquille et de basse intensité, la joie, plus brève mais intense, et la sérénité, qui repose sur une vision du monde confiante et pacifiée. 

Décider de se rendre plus heureux, c'est possible 

Quand on regarde les choses de près, scientifiquement et philosophiquement, le constat est clair : le bonheur est une quête ancienne, et il est bon pour la santé du corps comme pour celle de l'esprit. Les études montrent qu'il ouvre notre regard sur le monde, là où le malheur et la souffrance nous rétractent et nous replient sur nous-mêmes. 

Le bonheur n'est pas permanent 

Premier conseil : acceptez les intermittences du bonheur. Le bonheur n'est jamais permanent. Il se présente sous forme de moments. Parfois, ils s'enchaînent. Parfois, ils sont rares et fragiles. Dans les périodes difficiles, il faut savoir se contenter de petits bouts de bonheur, comme des soleils d'hiver, en attendant le retour des beaux jours. 

Deuxième conseil : ne hiérarchisez pas les bonheurs. Les petits bonheurs comptent autant que les grands, surtout dans l'adversité. D'abord parce qu'ils font du bien. Ensuite parce qu'ils maintiennent actifs les circuits cérébraux du bonheur. Il ne faut pas laisser cette capacité s'endormir trop longtemps.  

Troisième conseil : luttez contre l'habituation hédonique. Nous finissons par ne plus voir ce qui nous rend heureux au quotidien simplement parce que cela est toujours là. Une douche chaude, le chauffage, la nourriture, la démocratie, les amis : autant de réalités précieuses que l'on oublie jusqu'au jour où elles manquent. Il faut apprendre à s'en réjouir avant qu'elles disparaissent. 
 
Quatrième conseil : distinguez les bonheurs spontanés et les bonheurs provoqués. Les premiers arrivent sans prévenir : un rayon de soleil, une bonne nouvelle, un coup de chance, la sensation d'être en forme. Les seconds demandent une démarche : organiser une sortie, réserver un concert, partir en week-end, marcher dans la nature. Les deux méritent d'être recherchés et savourés. 

Connaître ses facilitateurs de bonheur 

Cinquième conseil : identifiez ce qui vous rend heureux. Il s'agit de mieux connaître les situations qui favorisent le bonheur et celles qui vous en éloignent. En général, le bonheur se rapproche quand on bouge, quand on entre en lien avec les autres, quand on s'immerge dans la nature, quand on pratique une activité que l'on aime, que l'on maîtrise et qui nous absorbe. À l'inverse, l'isolement, l'inertie et la rumination constituent de très bonnes recettes pour s'en éloigner. 

Sixième conseil : pratiquez l'admiration. Se réjouir d'un beau ciel, d'une musique, d'une œuvre d'art, d'un objet, mais aussi des qualités et des compétences des autres. L'admiration embellit la vie. Elle vaut mieux que la tendance à se dévaloriser soi-même ou à minimiser les talents d'autrui. 
 
Septième conseil : exercez la gratitude. Il s'agit de prendre conscience de ce que l'on doit aux autres et de s'en réjouir. Les proches qui aiment, les amis qui aident, les enseignants qui ont formé, la boulangère souriante, les artistes qui rendent la vie plus belle : tout cela mérite d'être reconnu. Et si l'on peut remercier ces personnes, c'est encore mieux. 

Huitième et dernier conseil : même dans la grande adversité, ne renoncez pas aux tous petits bonheurs. C'est précisément dans ces moments-là qu'on en a le plus besoin. Même s'ils ne règlent rien, ces instants nourrissent la capacité à tenir bon. Ils rappellent que le bonheur existe et qu'il finira par revenir.  
Travailler à se rendre un peu plus heureux, c'est possible. Et cela suppose aussi quelques devoirs : l'humilité, pour ne pas afficher son bonheur avec ostentation ; le partage, pour ne pas faire la leçon ; et l'altruisme, pour aider les autres à aller vers un peu plus de bonheur. Bonne nouvelle supplémentaire : aider les autres est aussi une manière de devenir soi-même plus heureux. 

(Christophe André) 

samedi 31 octobre 2026

Publié par Alice - 0 commentaire

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Dans la pénombre de la rue des Barres, l’air de cette fin d’octobre 2026 piquait la peau d'un froid sec. Alexis repoussa son col en laine, le regard rivé sur la façade gothique de l’église Saint-Gervais. À vingt-quatre ans, cet étudiant en histoire médiévale connaissait les pavés parisiens sur le bout des doigts, mais ce soir-là, Paris n’avait plus rien d’académique. C’était le soir d’Halloween, la nuit où, disaient les vieilles chroniques oubliées, les coutures du temps s'effilochaient sous le poids des brumes de la Seine. Son téléphone vibra. Un message de Julien : « On t’attend aux Catacombes. Tu viens ou tu déposes des fleurs sur les tombes ? » Alexis esquissa un sourire amusé, rangea son écran et bifurqua vers le quai de l'Hôtel-de-Ville. Il préférait de loin la solitude des quais à la cohue déguisée des bars de la Bastille. Mais alors qu'il longeait le fleuve, un détail arrêta ses pas. En contrebas, sur le ponton de pierre balayé par une eau noire et huileuse, une silhouette se tenait debout. Une femme. Elle portait un manteau d'une autre époque, une longue redingote de drap sombre dont le bas effleurait l'eau sans jamais sembler se mouiller. Sa posture était étrangement rigide, les bras croisés sur la poitrine comme si elle serrait un objet précieux. Alexis descendit les marches glissantes de l'escalier du Pont-Marie. Le bruit de la circulation au-dessus d'eux sembla soudain s'éteindre, étouffé par un brouillard épais qui montait de la Seine avec une rapidité surnaturelle. 
— Mademoiselle ? Vous allez bien ? demanda-t-il, la voix hésitante. 
La femme se tourna lentement. Son visage était d'une pâleur d'albâtre, sculpté par des pommettes saillantes et éclairé par deux yeux d'un bleu si limpide qu'ils semblaient luire dans le noir. Elle ne paraissait pas avoir plus de vingt ans. 
— Le passeur tarderait-il encore ? murmura-t-elle d’une voix claire, débarrassée de tout accent moderne. La traversée était promise avant le douzième coup. Alexis frissonna. L'air sentit soudain le limon, la cire fondue et l'encens froid. 
— Le passeur ? Il n'y a plus de bacs ici depuis plus d'un siècle, mademoiselle. Le pont est juste au-dessus. 
Elle baissa les yeux vers le fleuve avec une tristesse si profonde qu’Alexis ressentit un pincement au cœur. 
— Les ponts ne traversent que la pierre, jeune homme. Ils ne franchissent pas l'ombre. Je m'appelle Éléonore. Et si je ne passe pas cette nuit, le fer me gardera encore un siècle. 
Elle tendit une main fine. Entre ses doigts crispés, elle tenait une petite clé en fer forgé, rongée par la rouille, gravée d'une fleur de lys encadrée par une lune décroissante. Curieux malgré la chair de poule qui lui traversait les bras, Alexis s’approcha d’un pas. 
— De quelle nuit parlez-vous ? Et de quel fer ? 
— La nuit de l'An Mil Neuf Cent Vingt-Six, dit-elle sans cillement. La nuit où les eaux du sous-sol se sont refermées sur le domaine des innocents. 
Alexis resta muet. En tant qu'historien, il comprit immédiatement l'anachronisme, mais le sérieux terrifiant de la jeune femme excluait toute farce d'étudiants. 
— Suivez-moi, dit-elle subitement en faisant volte-face. Le temps presse. Quand la cloche de Notre-Dame sonnera minuit, la porte se fermera sous le marché aux fleurs. 
Sans attendre sa réponse, elle s'élança vers les escaliers. Ses pas ne faisaient aucun bruit sur la pierre. Intrigué, incapable de faire demi-tour, Alexis emboîta le pas à cette ombre de verre. Ils traversèrent l'île de la Cité, déserte. Les lampadaires à gaz simulés jetaient des lueurs jaunâtres sur le bitume moite. Les rues semblaient s'étirer anormalement, se tordre en ruelles oubliées depuis le XIXe siècle. Les devantures modernes des magasins s'effaçaient dans la brume, remplacées par des étals de bois vermoulu, des enseignes en fer battu balancées par un vent absent. Arrivés sur la place du Marché-aux-Fleurs, Éléonore s'arrêta devant une grille métallique d'accès aux égouts et réseaux souterrains, habituellement verrouillée par un cadenas lourd. La grille était entrouverte, exhalant un souffle d'air chaud et moisi qui empestait la terre humide et la pierre ancestrale. 
— La plupart des Parisiens marchent sur leurs morts sans jamais lever le regard, chuchota Éléonore en se glissant dans l'ouverture. Mais ce soir, la cité révèle son envers. 
Alexis hésita un instant au bord du trou noir. Le bon sens lui criait de fuir, d'aller rejoindre ses amis au chaud. Mais une force invisible, une curiosité presque hypnotique, le poussaient en avant. Il alluma la lampe de son téléphone et descendit l'escalier en colimaçon. Le sous-sol de Paris n’était pas le réseau propre du métro ni les galeries balisées des Catacombes. C’était un labyrinthe oublié. Les murs de maçonnerie brute cédaient la place à des voûtes romanes, puis à de simples galeries creusées à même la roche calcaire. Partout, des ombres semblaient glisser le long des parois. Alexis apercevait du coin de l’œil des formes encapuchonnées, des silhouettes d’artisans du Moyen Âge, des femmes en robes de crinoline, tous marchant d’un même pas lent vers les profondeurs de la ville. 
— Qui sont ces gens ? demanda Alexis, le souffle court. 
— Les égarés de la Nuit des Rois, répondit Éléonore sans se retourner. Ceux qui n'ont pas trouvé le repos avant le grand scellement des nécropoles. Tous les cent ans, la nuit d'Halloween offre une brèche de trois heures pour rejoindre la Grande Seine Souterraine. C'est notre seule chance de sortir. 
— Sortir vers où ? 
— Vers l'oubli. Ou vers la lumière. 
Ils arrivèrent bientôt dans une immense salle voûtée, soutenue par de lourds piliers de grès. Au centre de la pièce coulait une rivière souterraine d’une noirceur d’encre, dont l’eau tourbillonnait sans aucun bruit. De l’autre côté du rivage souterrain, une lueur dorée et douce traversait la roche, laissant deviner des jardins verdoyants et des architectures impossibles, nimbées d'une clarté estivale. Sur la rive se pressait une foule silencieuse d'ombres luminescentes. Mais au bord de l'eau, une grille massive en fer forgé — identique au motif de la clé d'Éléonore — barrait l'accès à une barque en bois de chêne noir, amarrée à un anneau d'argent. 
Un homme se tenait près de la grille. Il portait un long manteau de passeur d'eau, le visage dissimulé sous un large chapeau de feutre. 
— Éléonore de Montmirail, déclara le passeur d'une voix comme un roulement de galets sous la vague. Tu te présentais seule il y a un siècle. Pourquoi amènes-tu un vivant dans le royaume des ombres ?
Éléonore se tourna vers Alexis, ses yeux clairs emplis d'une supplication muette. 
— Je ne peux pas tourner la clé moi-même, dit-elle. Le fer forgé sous la terre sacrée de Paris refuse le contact des morts. Seule une main chaude, une main qui respire encore le grand air de la surface, peut déverrouiller la Porte des Innocents. 
Alexis comprit enfin la raison de sa présence. Il n'était pas une victime ; il était le témoin et l'instrument. 
— Et si je tourne cette clé... qu'advient-il de vous ? demande-t-il doucement. 
— Je traverse, répondit-elle simplement. Et la porte se refermera pour un autre siècle. 
Au loin, dans les profondeurs de la terre, un premier coup de cloche retentit. C'était la grosse cloche de Notre-Dame, dont le bronze faisait vibrer la roche jusqu’au fond des entrailles de la capitale. 
Un. 
— Dépêche-toi, murmura Éléonore. À douze, le passage s'effondre. 
Deux. 
Alexis s'avança vers la grille de fer. Le froid qui s'en dégageait était si intense qu'il lui engourdissait les doigts. Il prit la clé que lui tendait Éléonore. Le métal était brûlant de gel. 
Trois. 
Il inséra la clé rouillée dans la serrure monumentale. La rouille crissa, la pierre gémit. Il dut employer ses deux mains, appuyant de tout son poids. 
Quatre. Cinq. 
La serrure céda dans un claquement sec qui résonna comme un coup de feu sous les voûtes. Les lourds battants de fer s'écartèrent lentement, libérant un passage vers le ponton où attendait la barque. 
Six. 
Les ombres commencèrent à défiler. Elles passaient à côté d'Alexis comme des brises tièdes, s'installant en silence sur les bancs de bois du bateau. Éléonore s'avança à son tour. Elle s'arrêta juste devant lui. 
Sept. 
— Merci, Alexis, dit-elle en posant une main immatérielle sur sa joue. La mémoire de Paris est vaste, mais ce soir, elle portera ton nom. 
Huit. 
Elle franchit le seuil et monta à bord. Le passeur détacha la gaffe d'argent. La barque s'éloigna doucement sur la rivière noire, glissant vers la lueur dorée qui s'ouvrait au fond de la caverne. 
Neuf. Dix.
Soudain, la terre trembla. Les voûtes se lézardèrent et un souffle de vent impétueux s'engouffra dans la salle. Le passage commençait à se refermer. La lumière dorée vacilla. 
Onze. 
— Pars ! lui cria la voix d'Éléonore, déjà lointaine et éthérée. Remonte avant le dernier coup ! 
Alexis ne se le fit pas dire deux fois. Il fit demi-tour et s'élança à corps perdu dans la galerie sombre. Il courait à l'aveugle, guidé uniquement par la lumière faiblarde de son téléphone. Derrière lui, la roche s'effondrait dans un fracas de tonnerre, la rivière souterraine engloutissant les secrets de la nuit. 
Douze. 
Le dernier coup de cloche résonna au moment exact où il émergeait la tête la première par la grille du Marché-aux-Fleurs, s'étalant de tout son long sur les pavés humides de la place. Le silence retomba immédiatement sur Paris. 
Alexis resta allongé quelques instants, le cœur battant à tout rompre contre ses côtes, inhalant à pleins poumons l'air frais et pollué de la capitale. Les bruits de la ville revinrent peu à peu : le moteur distant d'un taxi, le rire d'un groupe de fêtards déguisés en vampires au coin de la rue, le clapotis banal de la Seine. Il se releva péniblement, secouant la poussière de ses vêtements. La grille sous ses pieds était parfaitement verrouillée par un énorme cadenas moderne, rouillé par le temps mais bien fermé. 
Il regarda sa main droite. Dans sa paume, la peau était marquée par la forme d'une fleur de lys encadrée par une lune décroissante — une empreinte rouge et chaude, comme laissée par un fer ancien. Et posée sur le rebord du trottoir, une petite pièce de monnaie en argent, frappée à l'effigie d'un roi capétien, brillait sous le néon d'un café. Alexis ramassa la pièce, la glissa dans sa poche et remit son manteau. 
Paris autour de lui avait retrouvé son visage de pierre et de lumière. Mais désormais, il savait ce qui veillait sous les pavés de la cité les nuits d'automne. Il sourit doucement, tourna le dos à la Cité et prit enfin la direction de la Bastille.
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