Le petit monde d'Alice

jeudi 28 juillet 2011

Publié par Alice - 0 commentaire

Heureuse ? Disons plutôt, douée pour le bonheur. Je suis persuadée que le bonheur est un don, ou du moins, que certains ont le don du bonheur ; ils vivent et ils aiment vivre. C’est aussi simple que cela.

Ensuite, chacun rencontre le bonheur selon sa nature : il vous saute au coeur sans crier gare, alors il faut le saisir, le goûter, le déguster, le retenir, parce que, au contraire de la passion, destructrice, vénéneuse, qui consume, le bonheur épanouit, féconde.

 

Mais parce qu’il est extrême, il a aussi ses revers : être doué pour le bonheur signifie souvent une sensibilité exacerbée, une intensité dans tous les sentiments, même dans la douleur. Autant le comprendre et l’accepter ... l’excès de protection pour éviter la souffrance, l’excès de méfiance pour s’épargner d’éventuelles désillusions écartent le bonheur.

Le bonheur est ainsi comme une potiche posée sur le nez d’un mandarin qui éternue : assorti d’une fragilité totale. Une chose est sûre, il ne se définit pas en négatif, par défaut. Le bonheur, ce n’est pas l’absence d’emmerdements ou de contrariétés, pas plus qu’il n’est l’absence de désirs ou de passions.

Et même lorsqu’on est doué pour le bonheur, on ne peut le construire : il est le contraire de la planification.

Je ne crois pas aux recettes infaillibles de bonheur, mais plutôt à des rendez-vous avec

lui : le bonheur est un état provisoire. Il y a une fulgurance du bonheur, une évidence lumineuse de sa présence. Soudain, je suis en parfaite osmose avec ce qui m’entoure et lorsque je connais ces moments, je suis assise sur le soleil et je regarde les étoiles, j’ai une sensation de puissance et de légèreté inaltérables.

 

Mon plus grand bonheur ? J’en ai connu plusieurs : enceinte, j’étais en état de grâce. J’ai aussi connu le bonheur total avec des hommes : j’aimais intensément et j’étais aimée intensément, rien ne pouvait alors m’atteindre. J’ai toujours lié le bonheur à l’amour sous toutes ses formes. Les enfants, les hommes, les amis, la nature.

 

J’ai vécu des moments de bonheur intense seule : ainsi, un soir en bord de mer où j’ai ressenti une paix intérieure merveilleuse, une harmonie parfaite, une sensation de légèreté et de pleine possession de mes moyens. J’étais en symbiose avec l’instant.

 

Lorsque j’éprouve un grand bonheur, je ne le dissimule pas. Quand bien même le voudrais-je, mon regard, mon corps me trahissent. Il y a une insolence joyeuse du bonheur : je chante, je danse, je peux sauter de joie.

Et si le bonheur est aux abonnés absents pour un certain temps, cela ne m’empêche pas d’être heureuse : les enfants, l’amitié, la mer, les arbres, la musique, un bon livre, tout ce qui est chaud et douillet me réconcilie toujours avec la vie.

 

(Nicole Lattès, éditeur)

 

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