Depuis plusieurs jours dans son pays ravagé le petit Mamadou erre sans but, ne sachant où aller. Il ne sait d’ailleurs pas s’orienter. Se diriger dans la savane ou le désert cela s’apprend avec les parents et Mamadou n’a plus de parents, la guerre les a tués. La modeste construction de pisé qui les abritait n’est plus qu’une ruine, comme les autres habitations du village. Les maigres récoltes ont été écrasées par les chars, le marigot est souillé.
Mamadou a peur, Mamadou a faim. Pour subsister, rôdant tel une hyène affamée, il n’a trouvé que du mil mélangé de poussière, disputé aux insectes … Rien pour le protéger de la fournaise du jour. Devra-t-il cette nuit encore se coucher sur ces débris et supporter le froid de la nuit africaine ?
Alors, désemparé, Mamadou marche pour user le temps, pour faire quelque chose. Il est déjà loin de son village anéanti quand il aperçoit une grande tente avec un dessin rouge ; il ignore que la Croix Suisse est le symbole d’une aide internationale. Un instinct animal le fait se diriger vers cet abri. Enfant ignorant qui ne comprend pas les querelles des grands ; il ne se demande pas s’il y a du danger pour lui ni si ce sont des ennemis de sa tribu. Mamadou est fatigué, Mamadou a le ventre creux, il voudrait ne plus être seul.
Arrivé à la maison de toile, craintivement, avec une souplesse de félin, il se glisse à l’intérieur et regarde effrayé des gens de sa race allongés, couverts de pansements. Des hommes blancs s’affairent autour des lits de camp. L’un d’eux s’approche de lui :
"- Tu es blessé ? Tu es malade ? "
" - Non " répond l’enfant.
" - Alors ne reste pas ici, va-t-en. "
Des larmes luisent sur la sombre frimousse. Une jeune femme qui assiste à la scène lance un regard désapprobateur à son collègue.
" Vous n’allez pas renvoyer cet enfant, il vient peut-être pour chercher du secours pour ses parents ? "
La jolie dame l’attire vers elle, essuie ses petites joues noires et à travers les sanglots enfantins, il raconte sa triste histoire.
Marylène, infirmière de formation, s’est consacrée aux œuvres humanitaires depuis son veuvage. De plus elle sait qu’elle ne pourra jamais combler son désir de maternité. Sa détresse personnelle comprend si bien celle de cet orphelin qui se serre contre elle. C’est le 25 décembre. Dans ce pays musulman dévasté par un conflit l’urgence et les souffrances font loi pour ces Français qui ne fêteront pas Noël. Ce petit Jésus noir, elle l’aime déjà, dans son cœur il est un peu sien, c’est le ciel qui le lui envoie. Elle plaide pour lui auprès de ses supérieurs, mais ils ont vu tant de malheurs … Ils savent que malgré leur dévouement, ils ne pourront cicatriser toutes les plaies. Leurs réserves s’épuisent.
" - On le nourrira aujourd’hui, c’est tout ce que l’on peut faire. "
Marylène se fait convaincante, elle partagera ses rations avec lui et la date de la Nativité ajoutant à son éloquence, l’enfant restera sous leur protection. Elle oublie sa fatigue, sa tâche harassante, l’inconfort quotidien. Sa vie déjà dévouée aux autres prendra un sens plus précis avec cette petite tête crépue. Malgré les difficultés, Marylène va entreprendre les démarches pour ramener l’enfant en France et plus tard peut-être l’adopter. Vers le ciel, s’envole l’ange gardien de Mamadou, joyeux d’avoir rempli sa mission.
(Alice Couzinet)
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