Le petit monde d'Alice

samedi 6 juin 2020

Publié par Alice - 0 commentaire

Il n'y a pas besoin de vous présenter, vous vous connaissez depuis longtemps. 
Elle est tout ce que tu as toujours cherché. 
Tu admires chacun de ses traits. 
Son regard. 
Son sourire. 
Cette manière de se tenir. 
Cette tranquillité d'esprit qui rejoint celle que tu as en ce moment précis. 
Tu apprécies son parfum. 
Tu aimes la chaleur de sa voix, tu la rejoins. 
Tu la touches à l'épaule. 
Et son contact provoque une petite décharge électrique. 
Tu lui demandes qui elle est. 
Elle préfère te dire qui tu es « toi ». 
Elle te parle de toi et tu es étonné qu'elle en sache autant sur tes secrets les plus intimes. 
Elle prend un petit air mutin qui te fait fondre. 
Elle te dit qu'elle apprécie autant tes qualités que tes défauts. 
Elle te signale qu'elle-même n'est pas une perfection. 
Elle est « l'imperfection adaptée à ta propre imperfection ». 
Ensemble, vous êtes complets. 
Elle te parle de cette théorie antique qui prétend que, jadis, les êtres humains avaient deux têtes, quatre bras, quatre jambes et qu'ils ont été séparés. 
« Depuis, on est tous à la recherche de notre moitié perdue », dit-elle. 
Tu l'enserres. 
Vous vous embrassez longuement. 
Vos corps se touchent et reforment cet être complet de quatre bras, quatre jambes, deux têtes. 
Autour de vous, les dauphins bondissent gaiement. 
Puis elle se dégage pudiquement et t'éclabousse en riant. 
 Tu hésites, puis tu l'éclabousses en retour. 
Vous jouez comme des enfants. 
Soudain elle s'arrête, redevient sérieuse. 
Vous vous séparez. 
Vos doigts se frôlent une dernière fois. 
Elle te dit qu'il est temps de continuer ton chemin et de suivre les dauphins. 
Tu insistes pour qu'elle reste avec toi.
Elle te fait clairement comprendre que les êtres humains ne sont pas des biens à posséder. 
Il faut laisser les gens venir et repartir à leur gré. 
Même elle ? 
Surtout elle. 
La plus grande preuve d'amour que tu puisses lui donner est de lui laisser sa liberté. 
Tu es déçu comme la première fois où ta maman t'a laissé seul. 
Tu es déçu comme la première fois où tu as compris que le monde et toi étiez différenciés. 
Elle ajoute que tu la retrouveras plus tard, ailleurs, peut-être dans le réel. 
Si c'est inscrit dans les étoiles... 
Mais pour l'instant, tu dois poursuivre ta route. 
(Bernard Werber, Le Livre du Voyage)


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