Qui sait si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est pas un autre sommeil un peu différent du premier, dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir ? (Pascal)
JAMAIS je ne traverse le pont d'Iéna sans m'accouder un instant au parapet. Était-ce ici ou plus loin ? Il me semble que c'était à peu près au milieu du pont, en regardant vers Saint-Cloud. Mon cousin me prenait sous les bras et me juchait d'un coup sur le rebord de pierre. Debout et la respiration coupée par l'effroi, je fermais les yeux et crispais les doigts. Alors la voix de Claude m'arrivait, un peu plus brève qu'à l'ordinaire : « Tu regardes ? Tu vois l'Île aux Cygnes ? Et Grenelle ? » Le vent emportait ma réponse quand il ne me contraignait pas d'avaler mes paroles. J'avais peur. Je sentais les mains de mon cousin trembler autour de mes chevilles qu'elles serraient trop fort.
Un léger vertige me saisissait lorsque je rouvrais les yeux. Le ciel au-dessus de ma tête se mouvait de droite à gauche, et les platane géants qui bordent le fleuve s'inclinaient, palpitants, et se redressaient dans le soleil. La Seine roulait majestueusement ses flots sales. Le long du port, des promeneurs indifférents à mon angoisse s'arrêtaient pour regarder l'eau et reprenaient leur marche en traînant les pieds. Un tas de sable ou de briques les cachait un moment, puis ils reparaissaient, mais ils semblaient si petits que mon coeur se contractait et que j'étais obligé de détourner la vue. [...]
(Julien Green, L'autre sommeil, 1931)

Quand j'étais enfant, il m'arrivait de me demander si nous, tous, n'étions pas le fruit du rêve (assez prolonger) d'un géant ... qui peut-être (sans que je le comprenne à l'époque) s'apparentait pour moi au Divin ...
RépondreSupprimerOui, très jeune je m'adonnait déjà à lma réflexologie plantaire !!! ... je méditais les pieds dans la boue et la tête dans les nuages
RépondreSupprimer... et suis restée encore
RépondreSupprimerJulien Green a accompagné ma jeunesse, jusqu'à ce qu'on me fasse remarquer que c'était un auteur très triste, parfois jusqu'à la morbidité. Je ne m'en étais pas rendue compte : peut-être correspondaient-ils à mon état d'esprit de l'époque...Mais j'ai alors abandonné ses livres et je n'y suis plus jamais revenue.
RépondreSupprimerC'est ma maman qui l'adore. Moi, j'avoue que j'ai peu lu de lui.
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