Sitôt le disque enclenché, ce n’est plus Caruso, Pavarotti ou Domingo qui chante, c’est moi. Ténor ! Parce que je connais les airs par cœur, mes lèvres miment le texte à la perfection, j’inspire là où il faut, ma poitrine se gonfle avec justesse, mon corps se plante solidement sur mes jambes, mes bras parcourent l’espace, mon regard fixe un public imaginaire, je rayonne. Sans une fausse note, sans une hésitation, j’enchaîne plusieurs airs du répertoire qui font la terreur des professionnels. Pendant les introductions orchestrales, étonné par moi-même, je m’interroge : pourquoi suis-je devenu écrivain ? Soudain, je me décide : je vais chanter seul, sans le disque, à pleine voix. Après tout, peut-être n’est-il pas trop tard pour commencer une carrière ? Je ne comprends pas : j’entends une voix grise, nasale, sans timbre, dépourvue de puissance. Peu importe. Je recommencerai. Depuis trente ans, je tente cette expérience et la remets au lendemain. Un parfait bonheur … suivi d’une agaçante frustration. Une seule certitude : si je ne possède pas la plus belle voix du monde, je pense que je suis le meilleur mime d’opéra au monde. (Eric-Emmanuel Schmitt)
Essayez !
J' aime Pavarotti et quand je l' écoute je chante avec lui .
RépondreSupprimerEt tu as bien raison !
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