Le petit monde d'Alice

jeudi 19 mai 2011

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La dame et le chevalier étaient dedans la chambre, en un même lit, sans dormir, dans une telle joie et tel bonheur qu’il vaut mieux ne pas les décrire, ni que nul n’entende le récit s’il ne peut espérer lui-même atteindre à cette joie que l’Amour donne aux parfaits amants, en contre-partie de la peine. Celui qui n’attend pas ce bonheur n’y entendrait rien, puisqu’il n’a pas le cœur à l’Amour : nul ne peut imaginer, à quelque prix, ce que vaut une telle joie, si l’Amour ne lui fait savoir. Cette chance n’advient pas à tous : c’est une joie sans mélange, une félicité et un ravissement. Mais à l’amant, ces instants semblent toujours trop courts et ne lui paraîtront jamais assez longs ; même si la nuit devenait semaine et la semaine mois, et si le mois devenait an, et trois ans vingt, et vingt ans cent, quand enfin viendrait le terme, il voudrait encore une nouvelle nuit, au lieu de l’aube du jour.

 

(XIIIème siècle, Anonyme, La Chastelaine de Vergi)

 

 

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