Le petit monde d'Alice

vendredi 25 février 2011

Publié par Alice - 3 commentaires

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Dans Les Métamorphoses, Ovide raconte que Jupiter et Mercure se promenaient un jour sur terre et, se sentant fatigués, ont demandé l’hospitalité dans diverses maisons. Les portes sont restées closes jusqu’à ce que les dieux frappent à la porte d’une chaumière modeste, habitée par deux vieillards.

Elle se nomme Baucis, et lui Philémon. Ils sont pauvres, autant dire réduits à l’essentiel, pour eux l’être est plus important que l’avoir ou le paraître. Ils n’ont pas de serviteurs et se partagent les tâches du foyer : il s’affaire au jardin, elle prépare un feu puis un repas. Ils ont le sens de l’accueil, de l’hospitalité, leur couple est généreux et ouvert aux autres. Pendant que le repas se prépare, ils conversent avec leurs visiteurs, qui se reposent sur un lit que leurs hôtes ont avancé. Puis ils partagent les mets : œufs et olives, endives, porc fumé, fromage blanc, rayon de miel, noix, figues, prunes et raisins, le tout arrosé de vin. « A tout cela s’ajoutèrent, plus précieux encore, la bonté qui se lisait sur leurs visages, un empressement et une générosité sincères. »

Un fait étrange se produisit : le vin est inépuisable, le récipient se remplit toujours. Les deux vieillards prennent peur, mais les dieux se font reconnaître et emmènent leurs hôtes à l’écart, sur une montagne. Philémon et Baucis gravissent le chemin, symbole d’effort mais aussi d’élévation spirituelle. Du sommet, les dieux leur montrent le village, les maisons inhospitalières qu’ils vont engloutir comme châtiment, tandis que la pauvre chaumière du vieux couple sera non seulement épargnée mais transformée en temple.Jupiter demande à Philémon et à Baucis de prononcer des vœux, et d’un commun accord tous les deux répondent qu’ils souhaitent devenir les prêtres et gardiens de ce sanctuaire, et ils ajoutent un second vœu qui leur est cher : « Faites que la même heure nous emporte, puisque nous avons vécu toujours unis de cœur … »

Et leurs souhaits sont exaucés. Bien des années après, ayant rempli leurs tâches humaines, c’est-à-dire terrestres et célestes, ils se métamorphosent en arbres à la même minute. En deux arbres proches l’un de l’autre mais d’essence différente : un chêne et un tilleul. Non point en un seul arbre, ce qui donne à réfléchir sur ce couple uni, durable, et respectueux de l’identité de chacun.

 
Dans le couple que forment Baucis et Philémon, il n’est question ni des tourments ni des délices de la passion, ni de ce désir têtu de ne faire qu’un seul corps, mais Ovide évoque l’union de cœurs et le partage spirituel qui leur permettent de progresser ensemble. Philémon et Baucis sont unis mais non identiques, ils sont proches mais non confondus. 

(Jacqueline Kelen)
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Baucis et Philémon 
 


3 commentaires :

  1. Tout est dit dans le dernier paragraphe.

    Merci pour ce beau texte.

    Amitiés et bises à toi.
    Pivoine.

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  2. Je vais finir par prendre la routine de surfer sur ce site :-D.
    Kurtis Briggs

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