- Ah, vous voilà ! Comment allez-vous, mon ami ?
- Eh bien... Les mots ne sortirent pas. Le jardinier eut l'impression d'en revenir à son état de prostration qui avait précédé sa rencontre avec Thalie. Un silence s'installa que Nikola dissipa :
- Ne vous en faites pas. C'est idiot cette manie de toujours demander comment vont les gens... L'écrivain Milan Kundera à qui on avait fait cette petite politesse automatique répliqua un jour : "C'est une question importante. Je vais y réfléchir. Quand j'aurai trouvé la réponse, je vous dirai."

....Imaginons une autre suite peut être !.... ;-)
RépondreSupprimerAlors, Thalie parut.
Elle ne traversa pas le jardin, elle l’irradia. Elle avançait avec cette légèreté de l’aube qui ignore qu’elle va chasser la nuit. Elle ne portait rien d'autre que sa présence, ce don gratuit que la vie fait parfois aux hommes fatigués. Elle s'arrêta à quelques pas de l'ombre où Louis et Nikola se tenaient, immobiles comme deux statues de sel que la marée du silence aurait épargnées. Elle vit le chat, elle vit la main de Louis crispée sur la fourrure, et elle vit surtout ce gouffre dans son regard que les mots de Kundera n'avaient pas tout à fait réussi à combler. Elle ne demanda pas "comment allez-vous". Elle ne demanda rien. Elle savait que les questions sont souvent des cages et que les âmes blessées sont des oiseaux qui ont besoin d'espace. Thalie sourit. Un sourire qui n'était pas une réponse, mais une main tendue au-dessus de l'abîme. Elle ramassa une feuille morte sur le chemin, la fit tourner entre ses doigts comme une petite planète d'or, puis la reposa délicatement sur le bras de Louis.
— La flûte s'est tue, dit-elle simplement. Mais le silence qui reste est bien plus beau, vous ne trouvez pas ? Il ressemble à une page blanche que l'on n'ose pas encore froisser. À cet instant, le poids sur le cœur de Louis s'allégea. Ce n'était pas de la guérison, non, c'était quelque chose de plus pauvre et de plus pur : une permission d'être là, tout simplement, sans avoir à s'expliquer auprès de l'univers. La prostration recula d'un pas, intimidée par cette clarté de source. Nikola s'effaça doucement, comme un décor qui n'a plus lieu d'être. Il ne restait que ce triangle de vie : l'homme, le chat et la femme, enveloppés dans la laine du soir qui tombait. Ils restèrent là, tous les trois, suspendus au bord du monde. Le chat ferma les yeux, acceptant cette paix comme une offrande de lait. Louis sentit que la question de Nikola celle de Kundera, celle de l'univers entier ne demandait plus de réponse...
https://youtu.be/55hk75OgWDg?is=gFPfjppaWk4350nC
Cette suite me plaît bien. Il me semble que tu écris de mieux en mieux. Ton texte est très beau.
Supprimer... et la façon de jouer de Lang Lang superbe... :-))
A chaque fois, je me questionne : comment faire pour que tes écrits ne se volatilisent pas ??? C'est tellement dommage qu'ils disparaissent à jamais dans les abysses les plus profonds de la blogosphère... :-/